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Guide complet · 8 min

Pourquoi les enfants ont du mal à se concentrer depuis le Covid

Rédaction Baby-Closer · 4 mai 2026 · Relu par un expert

Difficultés de concentration, troubles relationnels : la psychanalyste Stella Amiard explique pourquoi le Covid laisse encore des traces sur nos enfants.

Père aidant sa fille à se concentrer sur ses devoirs à la maison

Les enfants peinent à se concentrer : et si le Covid en était encore responsable ?

Votre enfant s'agite dès qu'une tâche dure plus de dix minutes ? Son enseignant vous signale des difficultés d'attention en classe ? Vous n'êtes pas seuls. Des milliers de parents et d'enseignants observent depuis quelques années un même phénomène : une baisse significative de la capacité de concentration chez les enfants, accompagnée de difficultés relationnelles et d'une fatigue plus rapide face aux apprentissages. La psychanalyste Stella Amiard, mère de cinq enfants et auteure de L'Éducation réaliste, apporte un éclairage précieux — et inattendu — sur les causes profondes de ce phénomène. Sa conclusion ? Les séquelles invisibles de la pandémie de Covid-19 jouent un rôle central, et elles sont encore bien présentes aujourd'hui.

Le visage humain : un outil d'apprentissage émotionnel que les masques ont effacé

Pour comprendre pourquoi tant d'enfants semblent aujourd'hui moins à l'aise dans leurs relations et moins disponibles pour apprendre, il faut revenir à une réalité simple mais fondamentale : le visage humain est le premier outil pédagogique d'un enfant. Bien avant les livres ou les écrans, c'est en observant les expressions de leurs parents, de leurs enseignants et de leurs camarades que les enfants apprennent à décoder les émotions, à réguler les leurs et à entrer en relation.

Pendant des mois, ce visage a été partiellement masqué. Les sourires se devinaient à peine. La joie, la bienveillance, l'agacement ou la surprise devenaient des énigmes à déchiffrer. Pour un enfant hypersensible ou anxieux, un regard neutre pouvait être interprété comme de la colère. Un silence, comme un reproche. Cette ambiguïté émotionnelle permanente a généré chez beaucoup d'enfants un état de vigilance accru, épuisant sur le plan cognitif.

« Les sourires se devinaient plus qu'ils ne se voyaient, et les émotions de l'autre devenaient plus difficiles à lire. » — Stella Amiard, psychanalyste

Résultat concret : certains enfants ont parlé moins, d'autres se sont agités davantage, comme si le corps devait compenser ce que le visage ne pouvait plus transmettre. Même après la fin du port du masque, une partie d'entre eux est restée plus prudente dans ses interactions, observant longuement avant d'oser s'exprimer. Ce n'est pas de la timidité — c'est une adaptation neurologique à un environnement émotionnellement appauvri.

L'école à distance a perturbé bien plus que les apprentissages scolaires

On a beaucoup parlé des « lacunes » créées par l'enseignement à distance. Mais Stella Amiard pointe quelque chose de plus profond : ce n'est pas seulement le programme scolaire qui a souffert, c'est l'apprentissage de la vie collective elle-même.

L'école, rappelle-t-elle, est bien plus qu'un lieu de transmission de savoirs. C'est un espace structurant où l'enfant apprend à :

  • Respecter des règles et une autorité bienveillante
  • Attendre son tour et tolérer la frustration
  • Soutenir un effort dans la durée, même sur des tâches peu stimulantes
  • S'inscrire dans un rythme collectif : se lever, s'habiller, être présent
  • Recevoir et donner des signaux sociaux en temps réel

À distance, tous ces apprentissages se sont évaporés. Réduit à une succession de fenêtres Zoom, l'espace scolaire a perdu sa dimension sensorielle, relationnelle et rituelle. Pour de nombreux enfants, l'école n'était plus un lieu vivant : c'était un écran parmi d'autres. La frontière entre temps de jeu et temps d'apprentissage s'est brouillée, rendant la reprise en présentiel d'autant plus difficile.

Des études menées après la pandémie montrent que près de 40 % des enfants scolarisés ont présenté des difficultés d'attention accrues à la rentrée suivant les confinements, selon plusieurs enquêtes pédiatriques européennes. Ce chiffre, loin d'être anodin, traduit l'ampleur d'un phénomène systémique — pas individuel.

Les conséquences encore visibles aujourd'hui sur le comportement des enfants

La bonne nouvelle ? Ces difficultés ne sont pas une fatalité. La moins bonne ? Elles ne disparaissent pas d'elles-mêmes sans accompagnement. Voici ce que parents et enseignants observent encore régulièrement :

Une baisse de la tolérance à l'effort et de la concentration

Beaucoup d'enfants se fatiguent rapidement dès qu'une tâche demande une attention soutenue. La fatigue numérique accumulée pendant le confinement a laissé des traces : le cerveau, habitué à des stimulations rapides et variées, supporte mal les activités longues et peu interactives. Ce n'est pas de la paresse — c'est une reconfiguration des seuils d'attention.

Des difficultés relationnelles persistantes

Certains enfants peinent encore à entrer en relation spontanément, à gérer les conflits dans la cour de récréation ou à travailler en groupe. Privés pendant des mois de la richesse des interactions en face à face, ils ont parfois perdu des repères sociaux essentiels. Les enfants qui étaient en maternelle ou en CP pendant les confinements sont particulièrement concernés, car ces années sont critiques pour le développement des compétences sociales.

Une anxiété scolaire plus présente

Le retour à l'école a parfois été vécu comme une épreuve. Certains enfants ont développé une forme d'anxiété de performance ou de phobie scolaire, liée à l'accumulation de lacunes, à la peur du regard des autres ou à la perte de confiance en leurs capacités. Le manque de sommeil, souvent aggravé pendant cette période, a encore fragilisé leur capacité à apprendre sereinement.

Comment aider concrètement son enfant à retrouver concentration et sérénité

Face à ces constats, pas question de culpabiliser — ni les enfants, ni les parents. L'approche de Stella Amiard est claire : il faut comprendre pour mieux accompagner, sans dramatiser ni minimiser. Voici des pistes concrètes :

Réintroduire des rituels et de la régularité

La structure est le meilleur antidote au chaos cognitif. Des horaires stables, des rituels du matin et du soir, des moments dédiés aux devoirs dans un espace calme : tout cela réancre l'enfant dans un cadre prévisible, rassurant pour son cerveau. Instaurer de bonnes habitudes dès le plus jeune âge a des effets durables sur la concentration et le bien-être.

Valoriser les efforts, pas seulement les résultats

Un enfant qui a perdu confiance en ses capacités a besoin d'être encouragé dans sa démarche, pas jugé sur ses performances. Dites-lui : « Tu as travaillé longtemps sur ce problème, c'est vraiment bien » plutôt que « Tu aurais dû avoir une meilleure note ». L'estime de soi est un pilier de la résilience — et elle se construit dans le quotidien.

Limiter les écrans et favoriser les interactions réelles

Après des mois de surexposition numérique, le cerveau des enfants a besoin de temps en face à face, de jeux physiques, d'activités manuelles. Les écrans ne sont pas l'ennemi absolu, mais leur omniprésence post-Covid a renforcé des habitudes d'attention fragmentée qu'il faut progressivement déconstruire.

Parler de la pandémie sans tabou

Certains enfants portent encore des questions non résolues sur cette période étrange. Leur donner des mots simples pour nommer ce qu'ils ont vécu — l'isolement, la peur, la confusion — peut les aider à intégrer cette expérience plutôt qu'à la refouler. Créer des espaces de parole en famille est une ressource précieuse.

Ne pas hésiter à consulter un professionnel

Si les difficultés persistent malgré vos efforts — troubles de l'attention importants, anxiété scolaire, repli social — un suivi psychologique ou orthophonique peut faire une vraie différence. Ce n'est pas un aveu d'échec : c'est prendre soin de son enfant avec discernement. Demander de l'aide n'est pas un signe de faiblesse parentale.

📌 À retenir :
  • Les difficultés de concentration observées chez de nombreux enfants ont des causes systémiques liées à la pandémie, pas uniquement individuelles.
  • La privation d'expressions faciales et de vie collective a eu un impact réel sur le développement émotionnel et cognitif.
  • La régularité, la valorisation de l'effort et les interactions réelles sont les meilleurs outils pour aider ces enfants à se reconstruire.
  • Consulter un professionnel est une démarche saine si les difficultés persistent.

FAQ : les questions que les parents se posent sur la concentration des enfants après le Covid

Mon enfant a du mal à se concentrer à l'école : est-ce forcément lié au Covid ?

Pas nécessairement — mais c'est une piste sérieuse à considérer, surtout si votre enfant était en bas âge pendant les confinements. D'autres facteurs peuvent entrer en jeu : manque de sommeil, anxiété, TDAH non diagnostiqué, ou simplement un rythme scolaire inadapté. L'important est d'observer le contexte global et, si besoin, d'en parler avec le médecin scolaire ou un pédopsychologue.

À quel âge les enfants ont-ils été le plus affectés par la pandémie ?

Les enfants qui avaient entre 2 et 7 ans pendant les confinements sont parmi les plus vulnérables, car ces années sont critiques pour le développement du langage, des compétences sociales et de la régulation émotionnelle. Les adolescents ont également été fortement touchés, notamment sur le plan de l'anxiété sociale et de la motivation scolaire.

Comment savoir si mon enfant a besoin d'un suivi psychologique ?

Quelques signaux d'alerte : difficultés de concentration persistantes malgré un cadre stable, refus d'aller à l'école, repli social marqué, crises émotionnelles fréquentes ou régression dans des acquis antérieurs. Si ces signes durent plus de quelques semaines, consultez votre pédiatre ou un pédopsychologue. Un bilan précoce permet d'éviter que les difficultés ne s'installent durablement.

Les écrans sont-ils vraiment responsables des problèmes de concentration des enfants ?

Les écrans ne sont pas la cause unique, mais leur usage intensif pendant la pandémie a contribué à fragmenter l'attention des enfants. Le cerveau s'adapte aux stimulations qu'il reçoit : habitué aux contenus rapides et interactifs, il supporte moins bien les tâches longues et linéaires. Réduire progressivement le temps d'écran et favoriser des activités physiques et créatives aide à restaurer une attention plus soutenue.

Conclusion : comprendre pour agir, sans culpabiliser

Les difficultés de concentration et les troubles relationnels que nous observons chez de nombreux enfants ne sont pas le signe d'une génération « abîmée » ou de parents défaillants. Ils sont le reflet d'une période historiquement inédite, qui a bousculé les fondements du développement de l'enfant. Nommer ce qui s'est passé, c'est déjà commencer à y remédier.

L'approche de Stella Amiard dans L'Éducation réaliste nous invite à regarder nos enfants avec lucidité et bienveillance : ni dans le déni de leurs difficultés, ni dans la catastrophisation. Avec du cadre, de la présence, des mots et parfois l'aide d'un professionnel, ces enfants ont toutes les ressources pour se reconstruire. Et vous, en tant que parent, vous avez déjà fait le premier pas en cherchant à comprendre.

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